L'inventaire biologique généralisé (ATBI)

Un inventaire du vivant de grande envergure !

Une des principales missions du Parc national du Mercantour et du Parco Naturale Alpi Marittime, relativement à leur statut d'espace naturel protégé, est celle de mieux connaître la biodiversité de leur territoire transfrontalier.

C’est dans ce cadre qu'ils ont initié, en juillet 2007, le plus ambitieux inventaire de la faune et de la flore jamais réalisé en Europe (et le second à l’échelle de la planète) : l'Inventaire Biologique Généralisé, ou ATBI (pour All Taxa Biodiversity Inventory), Mercantour-Alpi Marittime.

Ce projet se veut de grande envergure : il a comme objectif d'inventorier de la manière la plus exhaustive possible les espèces de notre territoire ! Pour cela, les parcs ont bien entendu dû collaborer avec l'ensemble de la communauté scientifique spécialisée en taxonomie (science de la description et du classement des êtres vivants).

Ascalaphe soufré, (Libelloides coccajus), sur l'adret du Bachelard (Photo de F.Breton/PNM)Ascalaphe soufré, (Libelloides coccajus), sur l'adret du Bachelard (Photo de F.Breton/PNM)

 

C'est ainsi qu'a commencé, il y a une dizaine d'années, une véritable aventure scientifique et humaine qui, au delà de ses importantes retombées actuelles en terme de connaissance de la biodiversité, nous réserve encore bien des surprises....

Pourquoi un inventaire ?

« On ne protège bien que ce que l’on connaît bien ». Telle pourrait être la devise des parcs nationaux. De fait, leur travail premier consiste à recenser et à étudier les espèces de faune et de flore qui font la richesse de leur territoire.... Et quelle richesse ! De l’aigle royal aux escargots endémiques, de la saxifrage à nombreuses fleurs aux orchidées les plus rares, le patrimoine naturel du Mercantour est l’un des plus originaux à l’échelle de l’Europe et ce territoire fait partie des « hotspots » de biodiversité d'envergure mondiale.

Cependant, la biodiversité du Parc national du Mercantour et de son voisin italien, le Parco Naturale Alpi Marittime, était très inégalement connue en fonction des groupes d’espèces.

Si environ 200 espèces de vertébrés ont été identifiées sur le territoire du PNM sur les 230 espèces estimées présentes (soit 1/3 des espèces de vertébrés en France), d’autres groupes restaient moins connus. Par exemple, avant l'Inventaire Biologique Généralisé Mercantour-Alpi Marittime, nous avions dénombré 1 800 espèces d’invertébrés (sur les 39 000 répertoriées en France), alors que nous estimons avoir sur notre territoire plus de 8 000 espèces de ce groupe ! Ces chiffres indiquent bien la nécessité de se pencher plus en avant sur ces groupes mal connus que sont notamment les invertébrés, mais également la flore non-vasculaire (mousses, lichens, etc.) et les champignons.

Ces lacunes sont principalement dûes au fait que l'identification de ces derniers groupes, souvent riches en taxons de petite taille et composés de plusieurs centaines d'espèces différentes, est particulièrement ardue et nécessite souvent l'observation et la comparaison de spécimens à la loupe binoculaire. A titre d'exemple, certaines familles d'hyménoptères ou d'acariens ne sont identifiables que par une ou deux personnes en Europe...

Buxbaumie verte (Buxbaumia viridis), espèce patrimoniale de bryophyte (Photo de L.Martin-Dhermont/PNM)Buxbaumie verte (Buxbaumia viridis), espèce patrimoniale de bryophyte (Photo de L.Martin-Dhermont/PNM)

 

Le travail des scientifiques

Initié en 2007 sur un ensemble de 17 sites couvrant une surface totale de 10 km² à la frontière entre les deux parcs, l'inventaire se poursuit depuis 2009 sur toute la superficie des Parcs (cœur et aire d'adhésion), soit sur 2 450 km².

L’ATBI s’organise en différentes étapes :

Les prospections :

En premier lieu, les naturalistes et taxonomistes, organisés en groupes de terrain ou en individuels, partent prospecter différentes zones de notre territoire, c'est à dire qu'ils prélèvent des spécimens des groupes qu'ils sont capables d'identifier, sur des zones qui leur paraissent intéressantes. Relativement à la réglementation des parcs, les prélèvements en cœur de parc ne peuvent être réalisés par les spécialistes que suite à l'obtention d'une « autorisation de prélèvement d'espèces en dérogation aux règles de protection du milieu naturel ».

L'identification :

Cette étape de collecte peut être suivie d'une étape de tri lorsque les dispositifs de piégeage permettent la capture de différentes groupes d'espèces.
Ensuite, les spécimens collectés passent entre les mains des identificateurs (parfois les personnes ayant collecté, parfois d'autres n'ayant pu se rendre sur les milieux). Ces spécimens sont ainsi identifiés à la famille, au genre, à l'espèce, voir à la sous-espèce.

La mise en collection, la compilation de données et le barcoding :

Une fois l'identification réalisées, les spécimens partent dans les collections d'institutions scientifiques et les données d'identification des espèces sont intégrées dans l'Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN), base de données d'envergure nationale gérée par le Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

Enfin, certains spécimens sont analysés par « barcoding » : une partie de leur ADN est prélevé, amplifié, séquencé et la séquence en résultant est intégrée dans une base de données. Ce type de technologie permet de référencer les espèces, non pas uniquement sur une base morphologique mais également sur des critères moléculaires. Des espèces que l'on pensait différentes peuvent donc se révéler être « génétiquement » identiques, et deux spécimens que l'on aurait attribués à la même espèce peuvent en fait appartenir à deux espèces génétiquement distinctes mais morphologiquement similaires.

Résultats et perspectives

350 taxonomistes, issus de plus de 40 institutions réparties dans toute l'Europe, ont participé ou participent encore au projet et plus de 200 d'entre eux ont prospecté nos territoires.

Au total, depuis 2007, ce ne sont pas moins de 11 000 taxons qui ont pu être identifiés ! Parmi eux, on trouve actuellement près de 7 000 invertébrés, alors qu’on en connaissait moins de 2 000 avant l’inventaire. Plusieurs dizaines d’espèces ont déjà été décrites et un grand nombre est encore en cours de description... c'est à dire nouvelles pour la science ! D’autres sont nouvelles pour la France, ou pour l’Italie, et des centaines d’espèces sont nouvelles pour la région.

En septembre 2008, une première summer school (université d'été pour étudiants de 3e cycle en sciences de la vie) organisée par EDIT (European Distributed Institute of Taxonomy) a permis à une vingtaine d'étudiants venus de toute l'Europe de découvrir les méthodes de prospection de terrain ainsi que le territoire du Mercantour. Une quinzaine de scientifiques vinrent enseigner leurs disciplines de travail telles que la bioacoustique, l’utilisation de dispositifs de capture, la recherche de financements au niveau européen, etc... Cet événement fut une telle réussite qu'une 2ème summer school fut mise en place en juillet 2009 en Slovaquie, sur le 2ème site d'inventaire biologique généralisé (ATBI) en Europe, dans la région de Gemer, et une 3ème, à la faculté de Funchal sur l’île de Madère, en 2010.

En septembre 2012, au centre Séolane de Barcelonnette, le Parc National du Mercantour et le Parco Naturale Alpi Marittime ont organisé les "Journées d’échanges scientifiques et techniques transfrontalières dédiées à l’Inventaire Biologique Généralisé Mercantour-Alpi Marittime". Ces rencontres ont permis la réalisation d’un bilan critique sur cette aventure scientifique et humaine unique en Europe et la confrontation des points de vue entre gestionnaires d’espaces protégés, taxonomistes et spécialistes de la conservation.

Les actes sont consultables et téléchargeables sur le lien suivant : http://eost.u-strasbg.fr/seolane/presse/images/2013/cahiers_seolane_2.pdf

Aujourd'hui, le projet d'Inventaire Biologique Généralisé se poursuit à la fois grâce à l'investissement des taxonomistes professionnels et amateurs et à travers la réalisation d'études mêlant connaissance et gestion du territoire (coléoptères coprophages et gestion sanitaire des troupeaux, coléoptères saproxyliques et gestion forestière, abeilles et pollinisation des systèmes agro-pastoraux, etc...).  

Enfin, pour en savoir plus sur incroyable aventure, nous vous invitons à vous procurer l'ouvrage « Biodiversité des Alpes-L'inventaire sans frontières, Mercantour-Alpi Marittime » (Brondex & Barnéoud) paru en 2016 aux éditions Glénat. Ce livre vous entraînera dans l'univers des taxonomistes, en immersion totale dans la biodiversité de nos territoires !

Chilostoma crombrezi (Photo de J-M.Cevasco)

Chilostoma crombrezi (Photo de JM Cevasco / PNM)

Pour en savoir plus :

  • l'ouvrage « Biodiversité des Alpes-L'inventaire sans frontières, Mercantour-Alpi Marittime »: nature.glenatlivres.com

  • sur l'ATBI Great Smoky Mountains, premier ATBI au monde, débuté en 1998 : www.dlia.org

  • l'Inventaire National du Patrimoine Naturel : inpn.mnhn.fr

Partenaires

Pour la mise en place et le suivi de ce projet, le Parc national du Mercantour et le Parco Naturale Alpi Marittime ont étroitement collaboré avec plusieurs partenaires techniques (EDIT, Muséum national d'Histoire naturelle, Museo Regionale di Scienze Naturali di Torino, Muséum d'histoire naturelle de Nice, nombreuses associations et laboratoires de recherche) et financiers (Fonds Européen de Développement Régional – Programme Alcotra 2007-2013 Fondation Albert II de Monaco, Gouvernement de Monaco, Ministère en charge de l'Ecologie, et anciennement par le 6e Programme Cadre de Recherche et de Développement de la Commission Européenne et EDIT).

En savoir plus sur les principaux partenaires techniques :

En savoir plus sur les partenaires financiers :

Pour plus d'infos :

Marie-France Leccia
Chef de projet Inventaire Biologique Généralisé Mercantour/Alpi-Marittime
marie-france.leccia[at]mercantour-parcnational.fr

 

Rétrospective sur un projet d'inventaire unique en Europe

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