Vers un parc européen

Alpi Marittime et Mercantour : un passé, un présent et un futur partagé

 

Espaces protégés des Alpes occidentales méridionales, le Parco naturale Alpi Marittime (Italie) et le Parc national du Mercantour abritent un patrimoine naturel et culturel unique en Europe.

Pour le préserver, les deux espaces naturels sont jumelés depuis 1987, avec l’ambition commune de valoriser une continuité territoriale qui se joue de toutes les frontières. Cette collaboration très poussée, probablement parmi les plus abouties entre Parcs européens contigus, leur confère une place privilégiée pour accéder un jour au statut de premier Parc européen.
En outre, cet espace sans frontières est déjà inscrit sur les listes indicatives du Patrimoine Mondial de l'Humanité de l'UNESCO. D’ambitieux projets s’annoncent pour plusieurs générations…

madonne332x40copie.jpg

Nos actions communes

Jumelés depuis le 10 juillet 1987, le Parco naturale Alpi Marittime (Ex Argentera) et le Parc national du Mercantour ont réalisé de multiples opérations communes induites par la complémentarité de leurs territoires et de leurs patrimoines naturels.

En voici quelques-unes réalisées jusqu’à aujourd’hui :

La réintroduction du gypaète barbu, une renaissance pour l’espèce

Jusqu’au début du XIXème siècle, le gypaète barbu était présent dans presque toutes les zones montagneuses du Sud de l’Europe et de la chaîne alpine. Disparu suite à une chasse excessive et une modification des pratiques pastorales, il fut réintroduit dans les Alpes dans le cadre d’un projet international de réintroduction. Des sites de lâchers furent répartis sur tout l’arc alpin. En 1993, le Massif du Mercantour et delle Alpi Marittime est le 4ème site choisi ! Le Parc national du Mercantour procéda au premier lâcher de trois Gypaètes barbus, et un an plus tard deux individus furent introduits dans le Parc naturel delle Alpi Marittime.

98 gypaètes barbus ont ainsi été relâchés dans les Alpes de 1987 à l’an 2000. Sur le massif de l’Argentera–Mercantour, ce sont 17 oiseaux qui ont pris leur envol depuis 1993. En 2000, 7 gypaètes ont été observés sur l’espace transfrontalier, entre le Col de Tende et le col de Larche. Opération réussie ! Depuis 1993, des lâchers sont organisés chaque années en alternance en France (années impaires) et en Italie (années paires).

Opérations Bouquetins, opération réussie

Trop chassé jusqu’au XIXème siècle, le bouquetin avait disparu de plusieurs pays alpins comme la France.
Un programme de recherche en commun sur l’espace transfrontalier est lancé en 1985. La nécessité de réintroductions en des lieux où ils seront efficacement protégés s’impose. Des lâchers s’opèrent dans le Parc naturel Alpi Marittime en 1986, 1987 et dans le Parc national du Mercantour en 1987, 1989, 1990, 1994 et 1995.

A sa création en 1979, le Parc national du Mercantour accueille 70 bouquetins. 48 dont 15 capturés dans le Parco naturale Alpi Marittime seront lâchés dans la partie nord-ouest du Parc français entre 1987 et 1994.
Au début des années 80, les 97 000 hectares des deux parcs naturels comptent en tout 360 individus. En 1999, grâce à leurs efforts conjugués, 1 100 bouquetins occupent le territoire.
Sur la totalité du territoire français, près de 5 000 bouquetins des Alpes sont recensés en 1999, alors qu’environ 12 000 vivent sur le sol italien.

Restauration des sentiers tranfrontaliers

Les échanges entre la plaine du Pô et le Sud de la France ont toujours existé. C’est au fur et à mesure du temps que sentiers, chemins muletiers et routes se sont développés. Qu’ils soient de chasse ou de guerre, de commerce, de contrebande ou de pèlerinage, ces chemins renferment une culture commune à la France et l'Italie. Lieu d’échange, les sentiers de randonnée ont vécu au rythme des sabots et des histoires de nos anciens. Conçus grâce à des méthodes artisanales, notamment le travail de la pierre sèche, les parcours entre la France et l’Italie ont été laissés à l’abandon lors de l’exode rural. Pourtant ces techniques, véritable patrimoine artisanal, sont encore aujourd’hui utilisées dans ces milieux difficiles d’accès.

Grâce à une politique de rénovation, les deux parcs souhaitent remettre en état leurs itinéraires transfrontaliers les plus chargés d’histoires. Grâce aux financements européens (Interreg), ce sont 3 cols transfrontaliers qui ont été ou sont en passe d'être restaurés : le Col de Cerise en 2004, le Col du Sabion en 2005 et celui de Fenestre en 2007. Un cahier pédagogique et technique franco-italien consacré à la restauration des sentiers de randonnée est en cours d’élaboration : il permettra de conserver et de transmettre ce savoir-faire si particulier et si rare !

Une communication franco-italienne commune

Un objectif majeur pour ces deux espaces : communiquer pour construire et promouvoir l’espace transfrontalier Mercantour - Alpi Marittime. Des produits de communication ont été réalisés avec l’aide des acteurs locaux, qui participent ainsi à la construction et à la promotion de cet espace : calendriers, films, Atlas transfrontalier, brochures, expositions, guide pédagogique et technique... en sont quelques beaux exemples.

Les parcs organisent chaque année, avec leurs partenaires, une série d’actions événementielles. Elles s’adressent à différents publics pour promouvoir l’identité du territoire, l’intérêt de la coopération, et leurs grands projets communs : diplôme européen, charte européenne du tourisme durable, certificat de coopération transfrontalière Europarc, réserve transfrontalière de la biosphère, inscription au patrimoine mondial de l'humanité de l’UNESCO...

Le Groupement Européen de Coopération Territoriale (GECT)

Qu'est ce qu'un GECT ?

GECT, un nom difficile à prononcer sous lequel se cache un important outil juridique européen de gestion transfrontalière, conçu pour permettre aux structures publiques et collectivités territoriales des différents pays de l’Union Européenne de coopérer.

Un parc européen Alpi Marittime-Mercantour

Les deux Parcs en ont récemment approuvé la création et les statuts, un pas décisif vers son entrée en fonction, prévue en 2012.
Très attendu car capable de gérer avec davantage de souplesse des projets complexes et intégrés ainsi que des interventions coordonnées, notamment sur les zones de frontière comme la requalification du Col de Larche/Maddalena; le GECT devrait surtout permettre de créer, au niveau juridique, une structure unique de gestion de l’espace protégé – donnant ainsi naissance, à tous les effets, au premier véritable Parc européen.
Le Conseil d’administration du 26 avril 2010 a délibéré favorablement sur le principe de création du Groupement Européen de Coopération Territoriale (GECT) entre les deux parcs du Mercantour et Alpi Marittime, dénommé : « Parc européen / Parco Europeo Alpi Marittime- Mercantour ».

Depuis cette date et comme convenu lors de ce Conseil, les directeurs des deux établissements ont procédé à la finalisation des projets de convention constitutive et de statuts du futur Groupement.
Ces documents ont été transmis aux ministères de tutelle français et italien afin de recueillir leurs observations sous l’angle juridique. Le ministère français vient de faire parvenir ses observations. Il en a été tenu compte dans les projets soumis au Conseil d’administration mais restant en attente d’éventuelles observations de la partie italienne.
Dès réception de ces observations, un prochain Conseil d’administration et Conseil exécutif des deux établissements pourront délibérer sur les textes consolidés définitifs.

Plan d'action pour l'espace Mercantour-Alpi Marittime

Avec l’objectif majeur d’aller vers un parc unique, les deux Parcs placent la coopération au centre de leurs projets d’avenir. À côté de cet objectif à long terme, les deux espaces naturels se fixent des objectifs à court et moyen terme : renouvellement du diplôme européen obtenu ensemble, mis en œuvre conjointe de la charte européenne de tourisme durable, étude sur la création d’une Réserve transfrontalière de biosphère ou encore inscription au Patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.

Désireux d’atteindre leurs objectifs, les parcs ont élaboré en 2006 un « Plan d’action commun » en 5 points :

Rapprocher les hommes

  • Multiplier les échanges entre les parcs français et italien afin de pouvoir mettre en commun leurs connaissances et savoir-faire : conférences et colloques scientifiques, échanges techniques d’experts et de personnels pour l’élaboration des projets communs

  • Favoriser le bilinguisme
  • Favoriser le jumelage entre les communes des deux parcs

  • Renforcer les liens culturels entre les populations locales : des échanges scolaires, diverses productions communes et des actions de communication sensibiliseront les plus jeunes et permettront d’établir ou de resserrer les liens culturels franco-italiens

Des projets pédagogiques pour les adultes de demain

L’enjeu majeur est de mieux investir dans l’avenir, et de préparer les jeunes générations des populations locales aux grands projets communs des deux parcs.
En matière d’éducation à l’environnement, ils disposent chacun d’expériences et de savoir-faire riches et complémentaires. Ils décident de les transférer de part et d’autre afin de livrer ensemble des méthodes et des produits d’éducation à l’environnement unifiés et enrichis par l’apport de chacun.

En partenariat avec l’Education nationale, les deux parcs s’unissent pour renforcer la capacité des écoles à offrir une éducation de qualité en matière d’environnement et des perspectives de vie et de travail sur le territoire aux générations futures.

Pour cela, de grands projets transfrontaliers sont en réflexion : échanges scolaires entre les communes du Parc du Mercantour et celles du Parc Alpi Marittime ou encore la création d’une « Ecole de montagne ». Cette Ecole est un projet d’éducation ambitieux destiné à renforcer l’attractivité des écoles locales en mettant l’accent sur la connaissance du territoire transfrontalier, sur l’environnement, les langues, la montagne et les nouvelles technologies.

Un patrimoine naturel et culturel commun

Une flore et une faune unique en Europe, un positionnement géographique au carrefour de multiples influences climatiques, une histoire géologique mouvementée, le massif de l’Argentera- Mercantour mérite sa place au palmarès des espaces les plus exceptionnels. Et pourquoi ne pas réaliser le premier inventaire biologique au monde d’un territoire transfrontalier ? Tel est le souhait de l’espace protégé transalpin !
Un projet d’envergure, supposé se réaliser sur une vingtaine d’années, mais qui pourrait bien renforcer leur candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco. Voilà une grande aventure scientifique qui fera de l’espace franco-italien l’un des sites pilotes de l’étude de la biodiversité au niveau mondial. Ce projet permettra d’apporter une connaissance complète possible sur les espèces présentes sur le territoire transfrontalier et ainsi d’y envisager une gestion adaptée.

En plus de ce grand projet d’inventaire biologique généralisé, les parcs mettent à profit leur coopération pour échanger des savoirs-faire et garantir une meilleure gestion de l’espace Mercantour-Alpi Marittime. Ainsi, divers travaux sont réalisés en coopération et tendront à se renforcer dans l’avenir : suivis des habitats comme les territoires pâturés d’altitude, de l’impact du changement climatique, de certaines populations animales en danger et/ou protégées, inventaire des hydrosystèmes, etc.

Un développement durable pour ce territoire transfrontalier unique

Les Parcs doivent contribuer au développement harmonieux et durable du territoire transfrontalier Mercantour-Alpi-Marittime.
La liaison entre éducation au territoire et développement durable est, de ce point de vue, fondamentale.

Il s’agit d’une part de mieux prendre en compte les préoccupations et le bien-être des populations locales, et d’autre part d’assurer l’adhésion des populations locales aux grands objectifs communs des parcs.

Créer une identité transfrontalière

La complémentarité de ces deux Parcs en termes de diversité climatique, géologique et écologique contribue à la création d’une identité transfrontalière commune autour d’une « Montagne sans frontière ». La poursuite des dix dernières années de collaboration contribuera à resserrer les liens entre l’équipe du Parc national du Mercantour et celle du Parco naturale Alpi Marittime.

Le partage de ce territoire renforcera le sentiment des deux populations d’être les légataires du même héritage. Les visiteurs qui traverseraient les deux espaces en cheminant sur les mêmes sentiers et en bénéficiant d’informations communes aux deux Parcs, prendront peu à peu conscience que ces deux sites partagent une identité transfrontalière commune.