Forêt

Une Forêt aux enjeux multiples

Désormais bien implantées dans le Mercantour, les forêts jouent un rôle à la fois écologique et économique, sans oublier leur vocation d'accueil du public. Autant d'éléments à prendre en compte dans leur gestion.

La forêt couvre 106 510 ha, dont 20 820 en cœur de parc.

Les peuplements sont majoritairement résineux. A l'étage montagnard, le pin sylvestre en adret s'oppose aux épaisses forêts de sapin et d'épicéa en ubac. Certains peuplements sont de grand intérêt écologique, notamment les sapinières ou « bois noirs », situées en limite d'extension méridionale de leur aire (vallées de la Roya et de la Bévéra). Le mélèze occupe une large place, parfois dès l'étage montagnard, mais surtout dans l'étage subalpin, résultant de pratiques agro-sylvo-pastorales anciennes (prés-bois) et de la reconquête récente d'anciens parcours. Le pin cembro se rencontre à l'état disséminé.
Au-delà de 2 200 mètres d'altitude, la forêt laisse progressivement la place aux pelouses et landes, même si l'on retrouve des mélèzes et des pins cembros jusqu'à 2 500 mètres.

Ces ensembles de forêts et de landes d'altitude constituent des milieux remarquables sur le plan paysager et écologique.

La forêt relève de plusieurs régimes fonciers :

• Les terrains des collectivités, principalement des communes. Ils relèvent pour la plupart du régime forestier, pour une surface de 65 000 ha et ont une vocation de production (bois d'oeuvre, bois d'industrie), d'espaces pastoraux et de protection des sols et des milieux naturels.

• Les terrains domaniaux, qui relèvent du régime forestier. Ils couvrent une surface de 15 600 ha et ont une vocation principale de protection des sols contre l'érosion (politique de Restauration des terrains en montagne).

• Les forêts privées, qui représentent 32 700 ha. Majoritairement résineuses, développées en grande partie sur les espaces en déprise agricole, ce sont des forêts jeunes, en nette progression, au couvert souvent faible et surtout très morcelées.

Carte des milieux forestiers du Parc national du Mercantour

Les milieux forestiers du Parc national du Mercantour

La gestion forestière en coeur : établir un dialogue entre tous les acteurs

Dans le coeur de parc, la réglementation prévoit que le parc donne son avis sur tous les projets de travaux et d'aménagements forestiers. Avant d'autoriser une coupe, divers éléments entrent en ligne de compte : plantes protégées, dérangement des animaux, tassement des sols, changement des conditions de vie pour les insectes, modification de la fréquentation de la forêt lors de la création de pistes...

Au delà du strict cadre réglementaire, le Parc national du Mercantour joue un rôle de conseiller scientifique pour l'Office National des Forêts pour la gestion des propriétés relevant du régime forestier et il propose aux propriétaires privés de mettre à leur disposition, sous une forme opérationnelle, les données et conseils de gestion adaptés aux objectifs fixés par la charte. Il est recherché un véritable dialogue de gestion basé sur des échanges et des études réalisées en commun.

La concertation entre les acteurs favorise l'échange de connaissances et le partage d'objectifs à long terme sur l'évolution des milieux forestiers. Les bonnes pratiques de gestion, pouvant inclure des mesures de mises en réserve, peuvent ouvrir droit à des exonérations fiscales en application de la loi. D'autres incitations financières sont recherchées.

Mesure du diamètre d'un arbre par un agent de l'ONF (Photo R. Charmetant / PNM)

Mesure du diamètre d'un arbre par un agent de l'ONF (Photo R. Charmetant / PNM)

Favoriser la libre évolution des sapinières ligures et des forêts anciennes et adapter la gestion forestière

Il est attaché une attention particulière aux sapinières ligures (vallées de la Roya et de la Bévéra, basse vallée de la Vésubie), qui sont rares en France. La protection des forêts anciennes, (peuplements qui présentent plus de 3 siècles de continuité de l'état boisé) est également la priorité compte tenu de leur rareté, de l'intégrité des communautés vivantes qu'elles abritent et du fonctionnement inaltéré des cycles biogéochimiques. On trouve notamment ces forêts anciennes dans les actuels boisements de pin cembro à l'étage subalpin, dans les forêts de sapin ou d'épicéa de l'étage montagnard, dans les ravins peuplés de feuillus variés, et notamment dans les secteurs au relief très accidenté.

La protection des sapinières ligures et les forêts anciennes nécessite de respecter le plus possible les cycles naturels de vie et de mort des arbres.

Les autres espaces forestiers du coeur abritent aussi des espèces présentant des qualités remarquables : il s'agit de plantes forestières rares, des rapaces, des galliformes forestiers (tétras-lyre et gélinotte des bois), du pic noir et du loup. Ces espèces sont prises en compte sur leurs sites de reproduction par l'adaptation de la gestion forestière, en particulier en limitant les interventions à la période du 15 août au 31 décembre, la moins génératrice de dérangements. La gestion s'attache à préserver les feuillus. Elle comprend aussi la création d'îlots de sénescence de taille supérieure à 1ha dans lesquels les arbres sont maintenus jusqu'à leur mort.

La gestion forestière s'applique également à favoriser le maintien des chauves-souris forestières à travers la conservation intégrale de leurs gîtes.

Les interventions sylvicoles à l'étage subalpin demeurent exceptionnelles, du fait de la lenteur des cycles biologiques. Le prélèvement d'arbres y reste très mesuré.

Vous pouvez consulter le N°13 du magazine du Parc dédié à la forêt :