Agriculture et pastoralisme

les espaces agropastoraux

Les paysages du Mercantour ont été largement façonnés par les pratiques agricoles et pastorales, qui utilisent environ 56% du territoire. Face à la déprise agricole et à la pression de l’urbanisation, le maintien des espaces agricoles et pastoraux est essentiel pour préserver les milieux naturels de grande valeur écologique, la diversité des paysages et l’identité du territoire.

Pastoralisme dans le Mercantour

 

Consultez le dossier sur les pratiques pastorales (collection le Parc à la portée de tous)

En savoir plus

Dans leur partie supérieure, ces espaces sont constitués d’alpages. On y rencontre des sites de grand intérêt écologique (pelouses calcaires, mosaïques de landes à rhododendron, zones humides,…). Dans les zones basses, les pâturages sont soumis à la reconquête naturelle par la forêt. Complètement en bas des versants, s’accrochent des châtaigneraies et des oliveraies, qui témoignent des influences méditerranéennes. On y trouve aussi quelques prés de fauche.

Ces prairies jouent un rôle important sur les plans économique (approvisionnement fourrager), paysager (espaces ouverts) et environnemental (milieux riches en insectes, propices à l’apiculture). Ils ne représentent plus que 1 500 ha dans le parc, presque exclusivement en aire optimale d’adhésion. Aux abords des villages, l’espace agropastoral s’organise en plateaux et terrasses fauchés, pâturés et cultivés, parfois bocagers (plateau de Valberg, Entraunes, ...), offrant des paysages ouverts. Il est parfois soumis à la concurrence de l’urbanisation. Le maraîchage, l’arboriculture ou encore l’élevage de petites espèces (apiculture, héliciculture) n’occupent que des surfaces marginales.

Les espaces agricoles ont été aménagés au fil des siècles : les cabanes pastorales, les canaux d’irrigation ou les restanques constituent ainsi un patrimoine vernaculaire parfois riche, mais qui souffre souvent d’un manque d’entretien, voire de destruction partielle.

 
 
 
 

Les systèmes d’exploitation et les productions agricoles

La diversité des paysages du Mercantour s’est construite en grande partie par la diversité des systèmes d’exploitation. Si le parc est avant tout marqué par l’importance des activités pastorales, qui utilisent environ 56 % du territoire, les influences méditerranéennes ont favorisé le développement et le maintien d’activités agricoles diversifiées.

On dénombre, en 2008, 149 exploitations agricoles ayant leur siège dans une commune du Parc. L’agriculture sédentaire est orientée en premier lieu vers les activités d’élevage extensif et pastoral, qui représentent 60 % des exploitations. Comme partout en France, le nombre d'agriculeurs a fortement diminué ces 20 dernières années.

 

En savoir plus

Comme partout en France, le nombre d’exploitations a fortement diminué dans le Mercantour, passant de 652 en 1988 à 400 en 2000, soit une baisse de 40 %, contre 35 % pour la France métropolitaine. Le nombre d’exploitations dans le parc semble toutefois stabilisé depuis 2000, et même augmenter depuis 2003. En 2008, on y dénombre ainsi 149 exploitations professionnelles et environ 59 exploitations à titre secondaire. 48 installations ont eu lieu depuis 2003.

Toutefois, l’âge moyen des chefs d’exploitation est de 46 ans, et 38% des agriculteurs ont plus de 55 ans. Les systèmes d’élevage sont particulièrement extensifs. Ils valorisent avant tout des prairies naturelles, parcours et alpages. La faible proportion de prés de fauche sur le parc ne permet de couvrir que la moitié des besoins des éleveurs du Mercantour, ce qui accroit les coûts d’approvisionnement.

 

L’élevage est fortement marqué par les transhumants, venant de communes des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence extérieures au parc, de territoires voisins ou plus éloignés (Var, Bouches-du-Rhône, Italie).

Transhumance dans le Mercantour

 

En savoir plus

Ainsi, sur les 343 éleveurs exploitant les unités pastorales du parc, seulement 23 % ont leur siège dans une commune du parc. Sur les 145 000 ovins présents en été, 117 500 proviennent de transhumants extérieurs au parc.

1 600 bovins transhument aussi chaque année depuis l’Italie vers la Roya et la Vésubie. Ces éleveurs ont la particularité de ne séjourner dans le parc que de juin à septembre.

 

 

Les conditions climatiques du Mercantour, notamment à son extrêmité Est, permettent le développement d’activités agricoles diversifiées, utilisant de plus petites surfaces mais à forte valeur ajoutée. Ainsi 40 % de ces exploitations sont orientées vers le maraîchage, l’arboriculture ou l’élevage de petites espèces (apiculture, héliciculture) et privilégient la vente directe. Les signes de qualité sont assez peu développés dans le Mercantour.

Oliveraie à Breil-sur-Roya (Photo de J. Sarrut)

 

En savoir plus

Le Mercantour souffre du manque de productions à forte identité locale. La moitié des exploitations d’élevage sont orientées ovins viande, un quart bovins-viande, le dernier quart étant des élevages laitiers transformant principalement dans les fromageries d’alpage. Seuls quelques labels de qualité existent (AOC Olive de Nice, Agriculture biologique, Agneaux des Estives), malgré un potentiel réel de produits identitaires (châtaigne d’Isola, tome de la Brigue, laine de brebis brigasque, ...). Seules 4 % des exploitations professionnelles sont en agriculture biologique. Les produits finis sont bien valorisés localement (vente à la ferme ou en alpage, marchés dans les vallées, AMAP). Cependant les faibles volumes produits et le développement encore récent des démarches collectives de transformation et de commercialisation ne permettent pas de répondre aux demandes des pôles de consommation des centres urbains de proximité ni à la montée de nouvelles demandes (restauration collective).

Malgré la forte demande, les potentialités d’abattage sont réduites aux abattoirs de Puget-Théniers, Sisteron et Seyne-les-Alpes. L’élevage reste très dépendant des aides publiques, mais de nouvelles filières, telles que l’agrotourisme pourraient être développées. Par les espaces de haute valeur patrimoniale ou paysagère qu’elles entretiennent (prés de fauche, pelouses calcaires sèches, alpages, oliveraies en terrasses), les exploitations agricoles contribuent fortement au caractère du parc. L’agriculture participe également à la vitalité économique des vallées. Les locations d’alpage sont sources de revenus pour les communes.

 

En 2009, ce sont plus de 150 familles qui dépendent directement de l’activité agricole. Les exploitations sont essentiellement familiales et de petite taille, ce qui limite les capacités d’investissement. Le coût très élevé de la terre, l’insécurité foncière due à la prédominance des baux oraux, le manque de main d’oeuvre sont les principales contraintes auxquelles est confrontée l’agriculture. La transmission des exploitations est également difficile, ce qui entraine parfois la perte des savoir-faire locaux. Le caractère agricole et pastoral du territoire reste un facteur d’attractivité important mais qui peut entraîner un risque de folklorisation de la profession, de moins en moins représentée dans la gouvernance locale.

Vacherie de Salèse (Photo de F. Guigo / PNM)

 
 

Les activités pastorales

Le domaine pastoral du parc, parcours et estives, s’étend sur environ 120 000 ha. En 2008, on recensait 243 unités pastorales dans le parc, dont 177 alpages. Aujourd’hui, les alpages d’altitude sont pleinement utilisés, mais les zones intermédiaires et les fonds de vallées subissent une forte déprise due au recul de l’agriculture, alors que la conservation des milieux et des espèces de ces espaces est liée au maintien de l’agropastoralisme.

 

En savoir plus

Les modes d’exploitation collective se sont récemment développés, avec aujourd’hui 52 groupements pastoraux, qui utilisent 40 % de l’espace pastoral. 75 éleveurs ou groupements d’éleveurs ont contractualisé une mesure de protection des troupeaux face au loup, soit 50 % des unités pastorales. Le développement des démarches de contractualisation est encore récent sur le territoire, y compris sur les espaces pastoraux. En 2010, 30 mesures agroenvironnementales territorialisées sont en cours en coeur de parc. Elles visent principalement à soutenir et encourager des pratiques permettant un usage plus équilibré des alpages (limitation du pâturage dans les secteurs les plus fragiles et dégradés de haute altitude), à mieux valoriser les milieux qui ont besoin du pâturage pour conserver leur richesse floristique (pelouses sèches, nardaies, queyrellins), à prendre en compte les besoins d’espèces patrimoniales comme le tétras-lyre ou la reine des Alpes, ou encore à protéger les milieux aquatiques.

L’usage des produits vétérinaires, et notamment de certains antiparasitaires à base d’ivermectines, pyréthrinoïdes ou organo-phosphorés, a un impact fort mais localisé sur les insectes coprophages, maillon clé de l’équilibre écologique des écosystèmes pâturés. Enfin, les équipements pastoraux sont particulièrement vétustes : sur les 262 cabanes pastorales du territoire, environ 80 % nécessitent des travaux de réhabilitation pour d’offrir des conditions de vie et de travail décentes aux éleveurs, bergers et aides-bergers.

 

Les tendances

dessin tendances

 

Consulter les documents liés